Vue panoramique de Blacourt

Histoire de Blacourt

Un village du Pays de Bray, entre mémoire et patrimoine

Notre ambition n'était pas d'écrire l'histoire de Blacourt mais plutôt de retrouver les traces de la vie dans ce village au XIXe siècle et lors de la première moitié du XXe. Il s'agit donc davantage d'une présentation de résultats de recherches effectuées aux Archives Départementales de l'Oise.

Véronique Decayeux, 2023  ·  Club du Bel Âge de Blacourt, 1982

Le nom du village

D'après l'ouvrage d'Émile Lambert, court en latin signifie ferme puis domaine rural puis village. Ces termes en court datent de l'époque mérovingienne, voire même de la fin du IVe siècle (époque de défrichements et de mise en culture du sol).

~1152Blaacurtis
1242Blaacort
1263Blaencuria
Auj.Blacourt

Blacourt relevait du vidamé de Gerberoy. La seigneurie resta longtemps dans la famille de Couquault, à laquelle vint, par alliance vers 1430, le fief d'Avelon.

Prairie avec vaches charolaises, clocher de Blacourt en arrière-plan
Le village vu depuis la prairie — le bétail charolais, symbole du Pays de Bray

Les habitants

Les recensements de population, même s'ils ne sont pas toujours d'utilisation aisée, sont une véritable mine de renseignements. On y trouve l'évolution chiffrée du nombre d'habitants mais aussi leurs métiers.

AnnéeHabitantsNote
1881424Centre + hameaux
1901409Légère baisse
1911363Exode rural
1921388Après-guerre
1931354
1936295Creux démographique

À Blacourt, le secteur primaire (agriculture) était largement dominant. On trouvait aussi des ouvriers en céramique et ouvriers potiers, liés aux fabriques de La Chapelle-aux-Pots.

Carrefour au cœur du village de Blacourt, avec l'ancien lavoir et le panneau vers les Communaux
Carrefour du village — panneau vers les Communaux de Blacourt, Site Natura 2000

L'école

Dès 1829, on trouve une demande du maire à la Préfecture pour louer une « maison d'école ». En 1859, l'abbé Moreau fait donation d'une maison pour devenir l'école des filles, à condition que l'enseignante soit une religieuse de l'ordre de Saint-Aubin.

En 1866, une classe du soir pour adultes voit le jour — 10 garçons de plus de 18 ans y apprennent arithmétique, système métrique et orthographe.

Puisque l'instruction doit être généralement la même, l'enseignement doit être commun, et confié à un même maître qui puisse être choisi indifféremment dans l'un ou l'autre sexe.
— Condorcet, Premier Mémoire

En 1913, la population scolaire ayant diminué, l'école des garçons devient mixte avec 46 élèves (21 filles, 25 garçons) pour 363 habitants. La guerre de 1914 met un coup d'arrêt aux projets de reconstruction.

Parmi les instituteurs ayant marqué la commune : François Godo (1861–1881), Fulgence Demarest (1888–1921), ou encore le couple Desesquelles–Gallot (1926–1934). Une stèle au nom de Gallet Anaïse, institutrice décédée à Blacourt en 1899, est encore visible au cimetière.

Élections & Corps des pompiers

Les élections

Un document des Archives Départementales donne la liste des maires, adjoints et membres du Conseil municipal de 1826 à 1912. En 1826, les nouveaux nommés prêtent serment de fidélité au roi Charles X. Sous Louis-Philippe, une loi de 1831 rétablit l'élection des conseils municipaux par les citoyens les plus imposés.

Noms récurrents : Bouffet Aimé, Hucleux Jean-Baptiste, Hoeppe Servais, baron de Giresse, Cartier, Carré, Fontaine Théophile…

Les sapeurs-pompiers

En 1842, achat d'une pompe à incendie. En 1845 : vingt-deux pompiers. En 1896, achat de pantalons, vestes et képis. En 1954, le Préfet de l'Oise prononce la dissolution du corps des sapeurs-pompiers de Blacourt.

Postes & télégraphes

La boîte aux lettres mobile — système de boîtes accrochées aux wagons des lignes secondaires — dessert le passage à niveau de Blacourt-Espaubourg depuis les années 1920, assurée par les agents de la Compagnie du Nord.

En 1924, Génévré Cartier, charron dont le domicile jouxte la mairie, assure la réception des télégrammes et devient gérant de la « cabine téléphonique ». À son départ en 1928, madame Marie, débitante place de la mairie, prend le relais.

La Première Guerre mondiale

En janvier 1921, les Anciens Combattants créent un comité pour ériger un monument dédié à leurs camarades. Le monument aux morts, en granite de Belgique en forme de pyramide, est inauguré en 1922 par Monsieur Massire, maire de Blacourt, sur l'ancien terre-plein du cimetière tenant à l'église.

23 noms sont gravés sur le monument. L'année la plus meurtrière est 1917. Les théâtres de guerre concernent principalement l'Aisne (6 morts) et la Marne (4 morts). Un soldat est décédé en captivité en Allemagne.
Monument aux morts de Blacourt, pyramide en granite de Belgique
Le monument aux morts — granite de Belgique, inauguré en 1922

Les soldats tombés pour la France

Voici les 23 noms gravés sur le monument, avec les quelques informations retrouvées aux Archives et sur le site « Mémoire des Hommes ».

1914

Derivery Léon Louis Oscar

10/07/1882 à Blacourt

09/10/1914 — Rouvroy-en-Santerre (Somme)

Ouvrier maçon, marié, père de 2 filles

Horcholle Denis

15/05/1886 à Espaubourg

02/11/1914 — Soupir (Aisne)

Terrassier, marié, père d'un fils

Lecointre Ernest Hippolyte

25/04/1883 à Saint-Germer-de-Fly

08/11/1914 — Vienne-le-Château (Marne)

Employé de fromagerie

1915

Lefèvre Georges Gustave Louis

19/01/1880 à Beauvais

05/03/1915 — Valmy (Marne)

Ouvrier en carreaux, père d'un fils

Gaudefroy Charles Émile

16/12/1880 à Épehy (Somme)

30/05/1915 — Soupir (Aisne)

Cartier Ambroise Auguste Émile

15/04/1881 à Blacourt

03/10/1915 — Sommepy-Tahure (Marne)

Cultivateur

Blondel Winceslas Gaston

09/07/1884 à Villembray

06/10/1915 — Souain (Marne)

Cultivateur, père d'un fils (pupille de la nation)

Leclerc Lucien Paul

10/01/1893 à Blacourt

29/06/1915 — Tranchée de Calonne (Pas-de-Calais)

Aide maréchal, célibataire

1916

Perrault Fernand Louis Gédéon

27/01/1879 à Blacourt

04/02/1916 — Boësinghe (Belgique)

Ouvrier en carreaux, père de 4 enfants

Geffroy Adolphe Honoré

01/11/1880 à Tillé

11/05/1916 — Revigny-sur-Ornain (Meuse)

Boulanger puis domestique agricole

Fontaine Jules Henri

15/07/1891 à Senantes

25/09/1916 — Assevillers (Somme)

Ouvrier céramiste, célibataire

1917

Care Henri Louis Léon

21/10/1895 à Blacourt

20/04/1917 — Beaurieux (Aisne)

Cultivateur, célibataire

Duchaussoy Marcel

22/12/1897 à Blacourt

11/05/1917 — Œuilly (Aisne)

Employé de commerce

Mahaut Eugène Saturnin

29/11/1877 à Senantes

07/11/1917 — Captivité à Langensalza (Allemagne)

Cultivateur

Poret Alphonse Maurice Georges

22/09/1887 à Gournay-en-Bray

17/10/1917 — Aizy-Jouy (Aisne)

Charcutier (son fils tombera en 1940)

Dauboin Raymond Marie

23/05/1873 à Saint-Germer-de-Fly

09/03/1917 — Saint-Denis

Décédé d'une pleurésie contractée au front

1918

Poret Charles Gustave Eugène

30/07/1896 à Doudeauville

11/06/1918 — Autheuil-en-Valois (Oise)

Cultivateur à Blacourt

Varnier Louis Lucien

23/07/1893 à Villembray

28/12/1917 — Rapatrié, décédé le lendemain

Ouvrier agricole, prisonnier de guerre

Coeffier Pierre

09/07/1877 à Blacourt

Hôpital militaire (date inconnue)

Cultivateur

Leleu Georges

Résidait à Villiers-Saint-Barthélémy

14/02/1919 — Hôpital militaire de Strasbourg

Charretier

Angrand Jules

Disparu — aucune information retrouvée

Lefèvre Ernest

Disparu — aucune information retrouvée

Collet Camille (réfugié)

1916 — aucune information retrouvée

Le crime du garde-chasse Clovis Lambert (1923)

Le 27 novembre 1923, Clovis Théophile Lambert, 44 ans, garde-chasse au service de M. Cantrel, est retrouvé mort d'une balle à l'arrière de la tête dans le bois de Blacourt, trois jours après sa disparition.

Le commissaire Léon Carré de Beauvais mène l'enquête. Les soupçons se portent sur Joseph Leleux, braconnier dont l'alibi est défaillant et dont le fusil correspond à l'arme du crime. Il est arrêté le 6 décembre 1923 et inculpé d'assassinat.

Lors du procès aux Assises de Beauvais le 13 mars 1924, maître Gilles, avocat commis d'office, démolit l'instruction : pas d'aveux, pas de témoignages directs, pas de preuves matérielles. Leleux est acquitté. L'affaire ne fut jamais élucidée.

L'affaire est relatée dans l'ouvrage « Le crime de Blacourt » de Daphné Guillemette. Quelques mois après le crime, une stèle fut érigée dans le bois par souscription des populations de Blacourt et d'Espaubourg.
Le clocher de l'église Saint-Martin de Blacourt, photographie en noir et blanc
Le clocher de l'église Saint-Martin — témoin immuable du village

La Seconde Guerre mondiale

Trois noms sont inscrits au monument pour la guerre de 1939-1945 :

  • Poret Georges Aristide Albert — né le 02/05/1916 à Blacourt pendant la mobilisation de son père Alphonse, lui-même tombé en 1917. Mort à Troyes le 22/06/1940.
  • Caux Robert — 1944, informations partielles.
  • Joly Mérovée Aimé — né le 15/11/1919 à Ons-en-Bray, mort le 13/04/1945, 150e régiment d'infanterie.

La Résistance à Blacourt

Henri Maigret, instituteur à Blacourt, appartient au réseau d'évasion Alsace qui permettra le passage en Espagne de Français et le sauvetage d'environ 120 aviateurs alliés. Son pseudo : « Bébert ».

Le 6 septembre 1943, un B-17 américain s'écrase vers Lanlu. Des parachutistes tombent à Amuchy et Blacourt. La sœur d'Henri, Fernande Hucleux, découvre un aviateur blessé dans une grange et le nourrit. Henri le dissimule dans sa classe, aménagée dans l'ancien presbytère. Le 9 novembre 1943, l'aviateur est convoyé vers Paris via le réseau Comète.

Menacé du STO, Henri entre dans la clandestinité et rejoint le réseau de Gilbert Thibault à Auneuil. Il sera démobilisé en mars 1946.

Vue du village de Blacourt depuis la prairie au matin, clocher visible en arrière-plan
Le village au petit matin — la prairie, la brume et le clocher
Club du Bel Âge — Blacourt, 1982

Texte établi par le Club du "Bel Âge" de Blacourt avec la participation des habitants du village. Cartes postales anciennes et photographies prêtées par les habitants.

Blacourt et le Pays de Bray

Blacourt (Blaencourt en 1152) se situe dans le Pays de Bray, sur la limite nord, entre Cuigy, Espaubourg, Saint-Aubin au sud, La Chapelle-aux-Pots et Hodenc-en-Bray à l'est, Ville-en-Bray du canton de Songeons au Nord, Senantes à l'ouest.

Le territoire repose sur un sol humide mêlé de sable et d'argile. Un tiers de la superficie était couvert de bois, un autre tiers de terres labourables. La rivière d'Avelon a sa source dans l'étendue du pays. Il y avait deux moulins à eau : le moulin d'Avelon et celui de la Boissière.

La population se composait de bûcherons, d'agriculteurs, et fournissait des ouvriers potiers aux fabriques de La Chapelle-aux-Pots.

Vue du village de Blacourt depuis les hauteurs, brume matinale sur les prairies
Vue depuis les hauteurs — brume matinale sur les prairies du Pays de Bray

Superficie à l'époque :

Terres labourables : 454 ha
Bois : 402 ha
Prés : 136 ha
Total : 1148 ha — 587 habitants

Le centre du village

Le chef-lieu est formé d'une rue principale, élargie dans son parcours en une place triangulaire occupée par l'Église. Une mare, alimentée par le ruisseau Avelon, trône au centre.

  • La maréchalerie (à droite de la mare) portait la date An VI (1797) sur sa façade.
  • La scierie Cartier-Genevrairy préparait le bois pour les caissettes de camembert fabriqués à Gournay-en-Bray.
  • La Boucherie Beuzebosc était installée dans l'ancien presbytère situé derrière l'Église.
  • Un lavoir existait au-delà de la mare actuelle, sur le ruisseau.
  • La maison dite « relais de poste » se trouvait à l'angle de la route menant vers Montreuil.

Il y avait 11 fermes de plus à Blacourt en 1949, ce qui illustre l'importance du village autrefois.

L'Église Saint-Martin

L'église Saint-Martin et son clocher en ardoise
L'église Saint-Martin — édifice à chœur polygone, fenêtres ogivées
Le porche de l'église avec les rosiers
Le porche et les rosiers en fleurs

L'église, construite en grès rouge, est un assez grand édifice. Les transepts et le chœur appartiennent à un style ancien ; la nef et la façade sont plus modernes (vers 1811). Le clocher central est couvert d'ardoises.

1545Inscription sur poutre : Jean Demourette, Jean Gabette, Jean Dupré
1686F. Martel (poutre de la nef)
1784Bénédiction de la cloche « Louise »
1811Réparations importantes
1877Don de deux vitraux (Bouffet, Hersent)

À noter : des éléments de la charpente proviendraient de l'église de l'ancien hameau de Molencourt, absorbé par Blacourt. On y remarque d'anciens éléments de « poutre de gloire » sculptés de dragons, ainsi qu'une clé pendante en bois figurant 2 anges sous le clocher.

Le village est placé sous la protection de Saint Martin (fête le 11 novembre) et de Sainte Anne (1er dimanche d'août).

Le Château d'Avelon

À l'origine, un vaste manoir seigneurial de la famille de Couquault occupait ce site (Jean de Couquault, écuyer, seigneur du lieu en 1550). Ce manoir fut détruit, puis remplacé par un grand château style Napoléon III appartenant au Baron Gaétan de Giresse au début du XXe siècle.

Ce château fut à son tour démoli vers 1938-1939 en raison de frais d'entretien trop importants. Il n'en subsiste que l'orangerie et un puits en briques de 5 à 6 m de diamètre et 30 à 35 m de profondeur.

Anecdote : le baron de Giresse allait à pied à Paris (~80 km) en sandales, avec ses chaussures en bandoulière. Il est inhumé au cimetière de Blacourt. La croix au centre du cimetière est un don du Baron et de la Baronne de Giresse.

Il aurait également existé un souterrain reliant le château de Blacourt au château de Villembray, ainsi qu'à Hodenc-en-Bray.

Il a été très émouvant, sinon de faire revivre, du moins de réveiller la mémoire de tous ces habitants de Blacourt. Anonymes ou plus connus, ils ont laissé une trace que nous avons tenté de suivre avec beaucoup d'intérêt et de respect.
— Véronique Decayeux