Notre ambition n'était pas d'écrire l'histoire de Blacourt mais plutôt de retrouver les traces de la vie dans ce village au XIXe siècle et lors de la première moitié du XXe. Il s'agit donc davantage d'une présentation de résultats de recherches effectuées aux Archives Départementales de l'Oise.
Véronique Decayeux, 2023 · Club du Bel Âge de Blacourt, 1982
Le nom du village
D'après l'ouvrage d'Émile Lambert, court en latin signifie ferme puis domaine rural puis village. Ces termes en court datent de l'époque mérovingienne, voire même de la fin du IVe siècle (époque de défrichements et de mise en culture du sol).
Blacourt relevait du vidamé de Gerberoy. La seigneurie resta longtemps dans la famille de Couquault, à laquelle vint, par alliance vers 1430, le fief d'Avelon.
Les habitants
Les recensements de population, même s'ils ne sont pas toujours d'utilisation aisée, sont une véritable mine de renseignements. On y trouve l'évolution chiffrée du nombre d'habitants mais aussi leurs métiers.
| Année | Habitants | Note |
|---|---|---|
| 1881 | 424 | Centre + hameaux |
| 1901 | 409 | Légère baisse |
| 1911 | 363 | Exode rural |
| 1921 | 388 | Après-guerre |
| 1931 | 354 | |
| 1936 | 295 | Creux démographique |
À Blacourt, le secteur primaire (agriculture) était largement dominant. On trouvait aussi des ouvriers en céramique et ouvriers potiers, liés aux fabriques de La Chapelle-aux-Pots.
L'école
Dès 1829, on trouve une demande du maire à la Préfecture pour louer une « maison d'école ». En 1859, l'abbé Moreau fait donation d'une maison pour devenir l'école des filles, à condition que l'enseignante soit une religieuse de l'ordre de Saint-Aubin.
En 1866, une classe du soir pour adultes voit le jour — 10 garçons de plus de 18 ans y apprennent arithmétique, système métrique et orthographe.
En 1913, la population scolaire ayant diminué, l'école des garçons devient mixte avec 46 élèves (21 filles, 25 garçons) pour 363 habitants. La guerre de 1914 met un coup d'arrêt aux projets de reconstruction.
Parmi les instituteurs ayant marqué la commune : François Godo (1861–1881), Fulgence Demarest (1888–1921), ou encore le couple Desesquelles–Gallot (1926–1934). Une stèle au nom de Gallet Anaïse, institutrice décédée à Blacourt en 1899, est encore visible au cimetière.
Élections & Corps des pompiers
Les élections
Un document des Archives Départementales donne la liste des maires, adjoints et membres du Conseil municipal de 1826 à 1912. En 1826, les nouveaux nommés prêtent serment de fidélité au roi Charles X. Sous Louis-Philippe, une loi de 1831 rétablit l'élection des conseils municipaux par les citoyens les plus imposés.
Noms récurrents : Bouffet Aimé, Hucleux Jean-Baptiste, Hoeppe Servais, baron de Giresse, Cartier, Carré, Fontaine Théophile…
Les sapeurs-pompiers
En 1842, achat d'une pompe à incendie. En 1845 : vingt-deux pompiers. En 1896, achat de pantalons, vestes et képis. En 1954, le Préfet de l'Oise prononce la dissolution du corps des sapeurs-pompiers de Blacourt.
Postes & télégraphes
La boîte aux lettres mobile — système de boîtes accrochées aux wagons des lignes secondaires — dessert le passage à niveau de Blacourt-Espaubourg depuis les années 1920, assurée par les agents de la Compagnie du Nord.
En 1924, Génévré Cartier, charron dont le domicile jouxte la mairie, assure la réception des télégrammes et devient gérant de la « cabine téléphonique ». À son départ en 1928, madame Marie, débitante place de la mairie, prend le relais.
La Première Guerre mondiale
En janvier 1921, les Anciens Combattants créent un comité pour ériger un monument dédié à leurs camarades. Le monument aux morts, en granite de Belgique en forme de pyramide, est inauguré en 1922 par Monsieur Massire, maire de Blacourt, sur l'ancien terre-plein du cimetière tenant à l'église.
Les soldats tombés pour la France
Voici les 23 noms gravés sur le monument, avec les quelques informations retrouvées aux Archives et sur le site « Mémoire des Hommes ».
1914
Derivery Léon Louis Oscar
10/07/1882 à Blacourt
09/10/1914 — Rouvroy-en-Santerre (Somme)
Ouvrier maçon, marié, père de 2 filles
Horcholle Denis
15/05/1886 à Espaubourg
02/11/1914 — Soupir (Aisne)
Terrassier, marié, père d'un fils
Lecointre Ernest Hippolyte
25/04/1883 à Saint-Germer-de-Fly
08/11/1914 — Vienne-le-Château (Marne)
Employé de fromagerie
1915
Lefèvre Georges Gustave Louis
19/01/1880 à Beauvais
05/03/1915 — Valmy (Marne)
Ouvrier en carreaux, père d'un fils
Gaudefroy Charles Émile
16/12/1880 à Épehy (Somme)
30/05/1915 — Soupir (Aisne)
Cartier Ambroise Auguste Émile
15/04/1881 à Blacourt
03/10/1915 — Sommepy-Tahure (Marne)
Cultivateur
Blondel Winceslas Gaston
09/07/1884 à Villembray
06/10/1915 — Souain (Marne)
Cultivateur, père d'un fils (pupille de la nation)
Leclerc Lucien Paul
10/01/1893 à Blacourt
29/06/1915 — Tranchée de Calonne (Pas-de-Calais)
Aide maréchal, célibataire
1916
Perrault Fernand Louis Gédéon
27/01/1879 à Blacourt
04/02/1916 — Boësinghe (Belgique)
Ouvrier en carreaux, père de 4 enfants
Geffroy Adolphe Honoré
01/11/1880 à Tillé
11/05/1916 — Revigny-sur-Ornain (Meuse)
Boulanger puis domestique agricole
Fontaine Jules Henri
15/07/1891 à Senantes
25/09/1916 — Assevillers (Somme)
Ouvrier céramiste, célibataire
1917
Care Henri Louis Léon
21/10/1895 à Blacourt
20/04/1917 — Beaurieux (Aisne)
Cultivateur, célibataire
Duchaussoy Marcel
22/12/1897 à Blacourt
11/05/1917 — Œuilly (Aisne)
Employé de commerce
Mahaut Eugène Saturnin
29/11/1877 à Senantes
07/11/1917 — Captivité à Langensalza (Allemagne)
Cultivateur
Poret Alphonse Maurice Georges
22/09/1887 à Gournay-en-Bray
17/10/1917 — Aizy-Jouy (Aisne)
Charcutier (son fils tombera en 1940)
Dauboin Raymond Marie
23/05/1873 à Saint-Germer-de-Fly
09/03/1917 — Saint-Denis
Décédé d'une pleurésie contractée au front
1918
Poret Charles Gustave Eugène
30/07/1896 à Doudeauville
11/06/1918 — Autheuil-en-Valois (Oise)
Cultivateur à Blacourt
Varnier Louis Lucien
23/07/1893 à Villembray
28/12/1917 — Rapatrié, décédé le lendemain
Ouvrier agricole, prisonnier de guerre
Coeffier Pierre
09/07/1877 à Blacourt
Hôpital militaire (date inconnue)
Cultivateur
Leleu Georges
Résidait à Villiers-Saint-Barthélémy
14/02/1919 — Hôpital militaire de Strasbourg
Charretier
Angrand Jules
Disparu — aucune information retrouvée
Lefèvre Ernest
Disparu — aucune information retrouvée
Collet Camille (réfugié)
1916 — aucune information retrouvée
Le crime du garde-chasse Clovis Lambert (1923)
Le 27 novembre 1923, Clovis Théophile Lambert, 44 ans, garde-chasse au service de M. Cantrel, est retrouvé mort d'une balle à l'arrière de la tête dans le bois de Blacourt, trois jours après sa disparition.
Le commissaire Léon Carré de Beauvais mène l'enquête. Les soupçons se portent sur Joseph Leleux, braconnier dont l'alibi est défaillant et dont le fusil correspond à l'arme du crime. Il est arrêté le 6 décembre 1923 et inculpé d'assassinat.
Lors du procès aux Assises de Beauvais le 13 mars 1924, maître Gilles, avocat commis d'office, démolit l'instruction : pas d'aveux, pas de témoignages directs, pas de preuves matérielles. Leleux est acquitté. L'affaire ne fut jamais élucidée.
La Seconde Guerre mondiale
Trois noms sont inscrits au monument pour la guerre de 1939-1945 :
- Poret Georges Aristide Albert — né le 02/05/1916 à Blacourt pendant la mobilisation de son père Alphonse, lui-même tombé en 1917. Mort à Troyes le 22/06/1940.
- Caux Robert — 1944, informations partielles.
- Joly Mérovée Aimé — né le 15/11/1919 à Ons-en-Bray, mort le 13/04/1945, 150e régiment d'infanterie.
La Résistance à Blacourt
Henri Maigret, instituteur à Blacourt, appartient au réseau d'évasion Alsace qui permettra le passage en Espagne de Français et le sauvetage d'environ 120 aviateurs alliés. Son pseudo : « Bébert ».
Le 6 septembre 1943, un B-17 américain s'écrase vers Lanlu. Des parachutistes tombent à Amuchy et Blacourt. La sœur d'Henri, Fernande Hucleux, découvre un aviateur blessé dans une grange et le nourrit. Henri le dissimule dans sa classe, aménagée dans l'ancien presbytère. Le 9 novembre 1943, l'aviateur est convoyé vers Paris via le réseau Comète.
Menacé du STO, Henri entre dans la clandestinité et rejoint le réseau de Gilbert Thibault à Auneuil. Il sera démobilisé en mars 1946.
Texte établi par le Club du "Bel Âge" de Blacourt avec la participation des habitants du village. Cartes postales anciennes et photographies prêtées par les habitants.
Blacourt et le Pays de Bray
Blacourt (Blaencourt en 1152) se situe dans le Pays de Bray, sur la limite nord, entre Cuigy, Espaubourg, Saint-Aubin au sud, La Chapelle-aux-Pots et Hodenc-en-Bray à l'est, Ville-en-Bray du canton de Songeons au Nord, Senantes à l'ouest.
Le territoire repose sur un sol humide mêlé de sable et d'argile. Un tiers de la superficie était couvert de bois, un autre tiers de terres labourables. La rivière d'Avelon a sa source dans l'étendue du pays. Il y avait deux moulins à eau : le moulin d'Avelon et celui de la Boissière.
La population se composait de bûcherons, d'agriculteurs, et fournissait des ouvriers potiers aux fabriques de La Chapelle-aux-Pots.
Superficie à l'époque :
Le centre du village
Le chef-lieu est formé d'une rue principale, élargie dans son parcours en une place triangulaire occupée par l'Église. Une mare, alimentée par le ruisseau Avelon, trône au centre.
- La maréchalerie (à droite de la mare) portait la date An VI (1797) sur sa façade.
- La scierie Cartier-Genevrairy préparait le bois pour les caissettes de camembert fabriqués à Gournay-en-Bray.
- La Boucherie Beuzebosc était installée dans l'ancien presbytère situé derrière l'Église.
- Un lavoir existait au-delà de la mare actuelle, sur le ruisseau.
- La maison dite « relais de poste » se trouvait à l'angle de la route menant vers Montreuil.
Il y avait 11 fermes de plus à Blacourt en 1949, ce qui illustre l'importance du village autrefois.
L'Église Saint-Martin
L'église, construite en grès rouge, est un assez grand édifice. Les transepts et le chœur appartiennent à un style ancien ; la nef et la façade sont plus modernes (vers 1811). Le clocher central est couvert d'ardoises.
À noter : des éléments de la charpente proviendraient de l'église de l'ancien hameau de Molencourt, absorbé par Blacourt. On y remarque d'anciens éléments de « poutre de gloire » sculptés de dragons, ainsi qu'une clé pendante en bois figurant 2 anges sous le clocher.
Le village est placé sous la protection de Saint Martin (fête le 11 novembre) et de Sainte Anne (1er dimanche d'août).
Le Château d'Avelon
À l'origine, un vaste manoir seigneurial de la famille de Couquault occupait ce site (Jean de Couquault, écuyer, seigneur du lieu en 1550). Ce manoir fut détruit, puis remplacé par un grand château style Napoléon III appartenant au Baron Gaétan de Giresse au début du XXe siècle.
Ce château fut à son tour démoli vers 1938-1939 en raison de frais d'entretien trop importants. Il n'en subsiste que l'orangerie et un puits en briques de 5 à 6 m de diamètre et 30 à 35 m de profondeur.
Anecdote : le baron de Giresse allait à pied à Paris (~80 km) en sandales, avec ses chaussures en bandoulière. Il est inhumé au cimetière de Blacourt. La croix au centre du cimetière est un don du Baron et de la Baronne de Giresse.
Il aurait également existé un souterrain reliant le château de Blacourt au château de Villembray, ainsi qu'à Hodenc-en-Bray.